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Le grand départ

louis Ponard et sa femme Marielouis Ponard et sa femme Marie16 Avril 1944. Une légère bise annonce une belle journée de printemps. NANTEY blottie au fond de la petite vallée du Revermont s'éveille. Tout est calme et la nature semble se réveiller après un long hiver. Tout à coup, on entend le bruit des moteurs qui approche et un instant après une caravane de camions et de voitures  de soldats allemands guidés par deux miliciens français fait une irruption dans le village.

Quelque temps auparavant un collaborateur vichyste du village avait adressé un courrier dénonçant  des jeunes réfractaires au STO. Ce traitre a été puni à la libération. Ces jeunes comme Louis PONARD faisaient partie de la Resistance. Louis approvisionnait les maquisards, et comme il était un bon mécanicien-soudeur, lorsqu'il se trouvait vers le maquis , il lui arrivait de réparer les fusils et les fusils-mitrailleurs.

Fort Montluc à Lyon en 1944Fort Montluc à Lyon en 1944Ce jour là, ils sont trois à être capturés. Pendant qu'ils sont gardés par de soldats allemands voici ce que rapporte Louis sur la « loyauté » et la « gentillesse » souvent décrites des soldats de la Wehrmacht : « Nous vîmes arriver Clovis MONNET qui venait d'être arrêté pour détention d'un fusil de chasse.  Son frère Auguste arrive derrière à bicyclette et propose aux allemands de prendre sa place, étant célibataire alors que Clovis avait deux enfants. Après quelques palabres les allemands acceptent de relâcher Clovis. Tout de suite après les allemands demandent à Auguste de repartir chez lui. Alors qu'il s'éloigne d'une trentaine de mètres les allemands l'abattent d'une rafale ».

Cette année 1944 fut marquée, dans le Jura, par des centaines d'exécutions, de déportations et de maisons et fermes brulées. Pour Louis , comme il a l'habitude de dire maintenant , ce fût « Le Grand Départ ». Les allemands l'amènent d'abord au fort Montluc à Lyon. La prison célèbre où fût torturé Jean MOULIN. Interrogatoires et sévices de toutes sortes. A huit dans des cellules humides et sans chauffage. Puis ce fût le transfert vers Compiègne, passage obligé vers les camps d'Allemagne. Entassés par centaines dans des wagons à bestiaux verrouillés, le voyage dura trois jours et deux nuits. Voyage de la mort et de la folie sans pouvoir s'asseoir sous peine d'être étouffé ou piétiné. Pour un grand nombre ce fût la mort par asphyxie ou la démence.

Entrée du camp de BuchenwaldEntrée du camp de BuchenwaldParti le 12 mai , il arrive le 14 mai à Buchenwald. A l'entrée du camp un écriteau annonçait la bonne nouvelle aux arrivants : Ici tu travailleras et tu mourras ( Hier du wirst arbeiten und sterben ). En arrivant ils furent dépouillés de tous leurs vêtements, tondus, rasés sur tout le corps, désinfectés puis affublés de la tenue rayée. Après une quarantaine de quelques semaines, Louis fût affecté à DORA au travail dans des tunnels où étaient fabriquées les fusées V1 et V2 destinées à l'Angleterre. Le travail était reparti par équipes de douze heures d'affilée : une semaine de nuit, une semaine de jour. Si un camarade tombait malade c'était la direction du Revier (infirmerie) ou il n'y avait aucun soin et d'où l’on ne revenait que très rarement . Louis, étant un bon soudeur a eu un peu de chance car ce travail ,quoique fatiguant , était un peu moins épuisant que pour d'autres. Par contre les pièces que produisait Louis devaient être estampillées de son numéro matricule. Gare aux malfaçons qui pouvaient être facilement interprétées comme du « sabotage ». Beaucoup de prisonniers furent pendus pour cette raison. Les pendaisons étaient organisées dans la cour du camp devant les camarades pour montrer l'exemple. Travail épuisant, froid, maladies eurent raison des plus costauds.

Dix déportés travaillant au montage des fusées V2 à Dora. (Photo en couleur prise par Walter Frentz, photographe officiel, pour Albert Speer, ministre de l'armement, mars-juillet 1944)Dix déportés travaillant au montage des fusées V2 à Dora. (Photo en couleur prise par Walter Frentz, photographe officiel, pour Albert Speer, ministre de l'armement, mars-juillet 1944)Courant le mois d'avril 1945, les travaux dans les tunnels cessèrent. Commencent des évacuations désordonnées qui épuisent encore plus les prisonniers. La dysenterie frappe pratiquement tout le monde et les décès augmentent encore plus. Pendant les déplacements les faibles sont achevés. Vers le 20 avril nos gardiens disparaissent et enfin nous sommes libérés. Pendant quelques semaines Louis est entre la vie et la mort, puis petit à petit il se remet et le 25 juin il est évacué par avion à Paris. Pendant sa convalescence beaucoup de camarades sont encore morts des suites de la captivité.

Fin Juin 1945, amené de force quatorze mois auparavant, Louis PONARD revoyait enfin son Jura natal. Pour lui c'était le GRAND RETOUR.